Eliminer, c’est detox !

Par Patrick DE VIVIES, directeur de la MDF

Pour notre organisme, il est tout aussi important d’éliminer ce dont il n’a pas besoin, que de se procurer dans l’environnement ce dont il a besoin (oxygène, eau, nourriture, …)

Avant l’industrialisation qu’a connue notre planète, l’Homme était presque exclusivement confronté aux agressions naturelles de son environnement. Fruits toxiques, champignons vénéneux, plantes allergisantes, animaux venimeux, microbes en tout genre étaient ses seules sources d’intoxication.

Aujourd’hui, nous sommes exposés à un nombre croissant d’agents chimiques — dans l’air, dans l’eau, dans la nourriture, dans les produits cosmétiques et dans le mobilier, etc. — parfois dans un état de stress qui réduit la capacité de notre organisme à se défendre, ce qui développe un état d’intoxication latent dans lequel s’enracinent bien des maladies.
Au-delà des polluants eux-mêmes (colorants, conservateurs, résidus d’engrais ou d’hormones, traces de médicaments, nitrates…), les déséquilibres de l’alimentation (excès de sucre, de viande, cuisson excessive des aliments, etc.) contribuent à une production élevée de déchets à éliminer et à une difficulté — parfois croissante — de notre corps à les recycler.

L’intoxication de notre organisme ne provient pas uniquement des agents absorbés de l’extérieur. Chaque cellule de notre corps absorbe des nutriments et de l’oxygène pour produire l’énergie dont elle a besoin et construire les protéines, les hormones, les enzymes (etc.) nécessaires à sa croissance et son fonctionnement. Cette activité produit des résidus qui doivent être éliminés. Ils le sont aisément, sauf si l’organisme est surmené par un stress trop élevé ou un exercice musculaire excessif, ou encore déshydraté ou mal nourri.

Notre organisme a une capacité innée à nous maintenir en santé1. Parmi les tâches nécessaires au maintien de notre équilibre que l’on appelle l’homéostasie, il doit maintenir la pureté des liquides internes (liquides interstitiels, sang, lymphe, sérum cellulaire). Pour cela, notre corps utilise les différentes portes naturelles pour éliminer les déchets dont les quatre principales2 sont le système digestif (foie, intestin, vésicule biliaire,…), le système urinaire (reins, vessie), le système respiratoire (poumons, bronches, larynx, …) et le système cutané ou tégumentaire (la peau). Ces portes éliminent les déchets sous forme de matières fécales, urine, glaires et crachats, transpiration et éruptions cutanées. En anatomie, les « portes », organes ou parties d'organe qui permettent à l'organisme d'éliminer ses déchets, sont appelés des émonctoires.

Lorsque les déchets sont trop nombreux ou/et que l’un des émonctoires sature ou rencontre des difficultés de fonctionnement, notre corps tend à accumuler les déchets et à s’encrasser3. Le sang s’épaissit et circule moins bien. Les déchets sanguins se retrouvent dans la lymphe et les sérums cellulaires. Cet encrassement, appelé « toxémie », est le terrain propice pour le développement de nombreuses maladies.

Si vous constatez un ou plusieurs de ces signes au réveil le matin, il est probable que votre corps exprime ainsi son encrassement croissant4 :

  • Langue chargée et épaisse
  • Goût amer, salé ou acide dans la bouche
  • Mucosités dans la gorge
  • Yeux ternes et chargés de déchets
  • Teint blafard et traits tirés
  • Narines surchargées
  • Excès de cire dans les oreilles
  • Odeur corporelle désagréable
  • Fatigue excessive

Si c’est votre cas, il vous est utile de bien connaître les organes qui filtrent vos déchets (le foie, les reins, les poumons et la peau) et d’apprendre à les préserver.

1 Initiation à la santé intégrale, les facteurs naturels de santé, André Passebecq, Sabrina Heyse
2 Le grand livre de la Naturopathie, Christian Brun
3 Education à la santé, David Bentata, Collège des médecines douces du Quebec
4 Physiopathologie des organes d’élimination, David Bentata, Collège des médecines douces du Quebec

Tout ce qui entre par la bouche et passe la barrière intestinale va au foie, qui peut être comparé à une station d’épuration3. Le foie filtre constamment le sang (près de 100 litres par heure au repos), et évacue les résidus du métabolisme cellulaire. Il inactive et évacue toutes les substances toxiques consommées, élimine les déchets issus de fermentations et de putréfactions intestinales. Il tue les microbes et virus et neutralise leurs toxines. Il est étroitement lié aux intestins, que l’on pourrait comparer à un égout collecteur. Les insuffisants hépatiques et vésiculaires ont souvent des digestions lentes et difficiles. Les insuffisants intestinaux sont souvent des insuffisants hépatiques.

Un encombrement important du tube digestif est la première étape d’un encrassement de l’organisme. Ce qui doit être éliminé est néfaste pour notre organisme et plus cela séjourne durablement dans nos intestins, plus est grand le risque que cela finisse par traverser la paroi intestinale qui peut devenir perméable, ce qui est la porte de l’intoxication de notre organisme. Veillez à une élimination quotidienne ! Si le foie est surchargé, il utilisera deux portes de secours : les muqueuses (respiratoires, utérines….) et la peau.

3 Education à la santé, David Bentata, Collège des médecines douces du Quebec

Les déchets épurés par le foie sont amenés aux reins par le sang, qui les filtrent. Les reins contribuent donc à maintenir équilibrée la composition du milieu intérieur, par les variations de l’eau et du sel dans le sang. Ils participent à l’équilibre acido-basique du sang5. Les reins sécrètent l’urine et évacuent ainsi les déchets de l’organisme. Si, pour des raisons diverses (excès de déchets dans le sang, encrassement des reins, microlésions, pression sanguine insuffisante, etc.), les reins ne peuvent pas jouer leur rôle de filtre épurateur, le sang reste surchargé de déchets qui peuvent s’accumuler dans les tissus (pouvant provoquer rhumatismes, calculs, névrites, etc.).

La quantité (environ cinq fois par jour) et la qualité de l’urine est importante4 (couleur jaune citron). Une urine incolore peut traduire une élimination insuffisante des déchets ou une hydratation trop importante. Après une bonne nuit et un sommeil réparateur, les urines devraient être plus foncées, couleur brune. Dans tous les cas, il est indispensable de boire suffisamment pour bien éliminer.

4 Physiopathologie des organes d’élimination, David Bentata, Collège des médecines douces du Quebec
5 Le grand livre de la Naturopathie, Christian Brun

Les voies respiratoires acheminent l’oxygène dans le sang3. Les poumons rejettent le gaz carbonique, mais aussi les glaires, mucus et autres colloïdes. La plupart des déchets solides qui sont évacués par les poumons ne proviennent pas des poussières inspirées, mais sont issus de la pollution interne de notre organisme.  En effet, les voies respiratoires sont une porte de secours qu’utilise notre organisme pour évacuer les déchets qui s’accumulent dans le sang lorsque les autres portes (foie, intestins, reins) fonctionnent mal ou sont saturées.

Lorsque les voies respiratoires sont chroniquement encombrées, que le nez est bouché, que la toux devient chronique, peut-être votre organisme décharge-t-il sur les poumons les résidus d’une alimentation inadaptée que le foie et les intestins ont du mal à gérer ?

3 Education à la santé, David Bentata, Collège des médecines douces du Quebec

La peau n’est pas seulement l’organe du toucher, protecteur de notre espace interne. C’est aussi un émonctoire qui participe à l’élimination des déchets :

  • Les glandes sudoripares sont comparables à des millions de petits reins"3, éliminant la sueur, dont la composition (eau, urée, acide urique, etc.) s’apparente à celle d’une urine diluée. Elles permettent une élimination des résidus cristalloïdes et peuvent servir d’issue de secours lorsque les reins sont fatigués. Une transpiration malodorante peut être un indice. Outre l’élimination des déchets, la sueur permet la régulation de la température corporelle.
  • Les glandes sébacées peuvent être comparées à 300 000 "petits intestins"3 situés à la racine des poils. Elles sécrètent le sébum, un mélange de graisses et de protéines, qui lubrifie la peau. Lorsque les sécrétions sont trop importantes, peut-être l’organisme se décharge-t-il d’un excès de résidus colloïdes, provoquant points noirs, acné ou furoncles, voire eczémas suintants, signe d’une possible saturation du foie et des intestins ?

3 Education à la santé, David Bentata, Collège des médecines douces du Quebec

La détox est à la mode. Il y a les cures détox, les monodiètes, les purges ou lavements… Avant de s’orienter vers des détox de plusieurs jours, voire vers des jeûnes qui s’attaquent aux déchets incrustés en profondeur et qui ne sont pas adaptés à tous, ou qui peuvent présenter certaines contre-indications et nécessitent un avis médical et un accompagnement avisé, il y a des approches douces et simples pour une saine régénération.

La phytothérapie est riche en plantes facilitant le drainage du foie (plantes hépatiques ou cholériques) ou de la vésicule biliaire (plantes cholagogues), ou encore des reins (plantes diurétiques) qui peuvent être consommées en tisanes et que nous aurons l’occasion d’évoquer dans cette rubrique. Votre pharmacien pourra aussi vous conseiller.

Mais les premières plantes drainantes sont alimentaires et de nombreux légumes sont drainants (aubergine, betterave, carotte, cerfeuil, artichaut, chicorée, chou, citrouille, épinard, laitue, salade, poireau, etc.) comme de nombreux fruits (orange, papaye, prune, abricot, amande, cerise, pruneau, figue, etc.). Aussi, le premier réflexe pour soulager un foie ou des intestins fatigués est de s’orienter vers une alimentation plus riche en fruits et légumes. Sans oublier l’huile d’olive et les aromates comme le romarin, la menthe poivrée et le curcuma. Et de modérer sa consommation de matières grasses, de sucre et de viande.

De même, pour soulager les reins, il est bon de savoir que presque tous les fruits et légumes ont des vertus diurétiques, l’oignon et le poireau étant particulièrement efficaces.

Ensuite, comme la peau est une issue de secours pour des reins fatigués, une bonne transpiration, stimulée par une bonne hydratation et un sain exercice physique, ou encore par un sauna*, ou plus modestement par un bain chaud, est un moyen simple et naturel pour éliminer les résidus accumulés.

Enfin, il ne semble pas inutile de le rappeler, on a pas besoin de détox lorsqu’on limite autant que possible de s’exposer aux toxiques, à commencer par ceux que l’on ingère volontairement comme le tabac, l’alcool, les drogues, et lorsqu’on adopte une alimentation variée, saine et équilibrée, que l’on s’hydrate suffisamment, que l’on préserve un sommeil réparateur de qualité, etc.

* Le sauna : une pratique de santé, Les clés de la longévité active, Roger Castell

Vous l’avez compris, dans cette rubrique, nous aborderons tout ce qu’il est utile de savoir sur la manière dont notre organisme élimine naturellement les déchets et autres toxiques, ainsi que tout ce qui convient de savoir sur les moyens de se détoxifier, leurs avantages et inconvénients. L’important est surtout d’avoir une alimentation saine tous les jours, plutôt que de faire des cures détox ou des monodiètes de plusieurs jours quelques fois par an pour se déculpabiliser d’excès répétés. Il faut surtout savoir rester à l'écoute de son corps en toutes circonstances. Et bien sûr, des conseils sur le bien-être ne se substituent pas à un avis ou un traitement médical.



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