Ressentir, c’est se relier

Existe-t-il un lien entre nos pensées, nos émotions et notre santé physique ?

Par Patrick DE VIVIES, directeur de la MDF

« La peur au ventre », « sentir monter la colère », « la tristesse me serre le cœur ». La langue française est riche en expressions qui associent une manifestation physique à chacune de nos émotions. De plus en plus nombreux sont ceux qui relient les problèmes de santé aux émotions qui pourraient en être la cause. Mais avant d’examiner ce que les recherches scientifiques menées ces vingt dernières années ont montré en la matière, il semble nécessaire de mieux définir (autant que possible tant les définitions varient selon les auteurs) l’émotion et de la différencier de la sensation et du sentiment.


Les sensations sont des informations procurées par les organes des sens1. Elles durent tant que dure la stimulation. Elles sont provoquées :

  • par un stimulus externe (traduits par nos récepteurs sensoriels et notre cerveau) ; on parle alors de perceptions visuelles, auditives, gustatives, olfactives ou tactiles
  • par un stimulus interne qui est la perception d’un changement ou un déséquilibre corporel (froid, chaud, gorge sèche, mains moites, chair de poule, tensions musculaires, nœud à l’estomac …)

Les émotions sont des réactions physiologiques aux stimulations. Etymologiquement, c’est un mouvement qui sort (E = vers l’extérieur et motion = mouvement). Elles sont donc la réponse qui apparaît après la perception d’un changement ou d’un déséquilibre : « Les émotions proviennent de nombreuses sources, neurochimiques, physiologiques, cognitives, etc. La partie rationnelle n’intervient pas dans l’apparition de l’émotion. C’est un état qui se produit soudainement et abruptement, sous la forme de crises plus ou moins violentes et plus ou moins fugaces2.» L’émotion est sensée guider l’organisme vers la réaction appropriée. Chaque émotion peut être associée à un ensemble de sensations3.

Les sentiments sont “un état affectif complexe, combinaison d’éléments émotifs et imaginatifs, plus ou moins clair, stable, qui persiste en l’absence de tout stimulus” (Le dictionnaire Larousse de psychologie). Le sentiment est donc une construction faisant intervenir le mental et qui se constitue sur des mélanges d’émotions (ex : haine, jalousie, honte, culpabilité…). Ainsi, le sentiment de culpabilité est fait de peur et de colère retournée contre soi1. Donc « les pensées liées à l’émotion viennent après qu’elle ait commencé, c’est-à-dire que les sentiments tels que la tristesse viennent après qu’elle ait été observée dans le corps, qui présente déjà le répertoire d’actions corporelles correspondant à l’émotion de la tristesse2. »

Les pensées interviennent dans la constitution des sentiments et ces derniers, contrairement aux sensations, teintent de manière plus durable les pensées. Ainsi, une douleur au dos (sensation) peut générer une émotion de tristesse (je croyais être débarrassé de cette lombalgie chronique) qui se traduit par un sentiment d’inquiétude durable alors même que la douleur a disparu. Cet enchaînement entraîne une succession de réactions biologiques et symptomatiques entre notre système nerveux et nos organes.

Dans Le Sentiment même de soi, le neuroanatomiste Antonio Damasio (1999) insiste sur la distinction à établir entre émotions et sentiments, trop souvent confondus. «Les émotions sont des actions. Certaines se traduisent par des mouvements des muscles du visage, comme des expressions faciales de joie, de colère, etc…, ou du corps, la fuite ou la posture agressive. D’autres se traduisent par des actions internes, comme celles des hormones, du cœur ou des poumons. Les émotions sont donc d’une certaine façon publiques, on peut les mesurer, les étudier. Les sentiments, par contre, sont privés, subjectifs. Ils sont ressentis par l’individu et lui seul. Il ne s’agit pas de comportements mais de pensées (Damasio, 2001) ».

1 https://apprendreaeduquer.fr/abecedaire-emotionnel-difference-entre-emotions-sensations-sentiment-humeur/
2 https://www.actualite-fr.com/differences-entre-emotions-sentiments-et-sensations/
3 Que se passe-t-il en moi, I. Fillozat

  Une équipe de chercheurs finlandais a établi une « carte corporelle des émotions » publiée en décembre 2014 dans les Comptes rendus de l'Académie des sciences américaine (PNAS)4, confirment notamment que les principales émotions humaines que sont la peur, la tristesse ou le bonheur sont ressenties physiquement de la même façon pour tous, quelle que soit la culture d'origine de l'individu.

«Quelle que soit l'émotion que l'on ressent, elle n'est pas anodine pour le corps », ajoute Henrique Sequeira, professeur en neurosciences affectives à l'université de Lille (I et II). «Les émotions sont une véritable interface entre le cerveau et le corps. » Elles induisent des réactions musculaires, hormonales, neurologiques et immunitaires. «C'est d'ailleurs ces liens qu'explore la médecine psychosomatique », selon laquelle «des émotions répétées peuvent avoir, chez certains individus prédisposés, un impact positif (guérison plus rapide d'un cancer) ou négatif (vulnérabilité cardio-vasculaire, asthme) sur la santé, en frappant de façon répétée et inutile sur le même organe», explique-t-il. Il reste désormais à définir pour chaque «carte émotionnelle» des indicateurs physiologiques précis qui pourraient être mesurés de façon objective et permettraient de repérer d'éventuels dysfonctionnements émotionnels4.

4 http://sante.lefigaro.fr/actualite/2014/01/06/21819-premiere-carte-corporelle-emotions

Joie, colère, tristesse... Toutes ces émotions que nous ressentons résultent d'un équilibre subtil de substances dans diverses parties de notre cerveau5. A tel point que l’on peut se demander jusqu’où la chimie du cerveau guide nos émotions.
Les biologistes de l’émotion s’accordent à reconnaître que les comportements émotionnels ainsi que leurs réseaux neuronaux, garants de la survie de l’espèce, ont été sélectionnés au cours de l’évolution. L’acquisition progressive de la connaissance de ces réseaux a permis de décrire ces circuits neuronaux  spécifiques à chaque émotion, utilisant comme relais différentes régions du cerveau6. Les circuits de la peur et du plaisir ont fait l‘objet de nombreuses études car elles sont partagées à la fois par l’homme et de nombreuses espèces animales.
Le fonctionnement du « cerveau émotionnel » fait intervenir les neurotransmetteurs, ces messagers chimiques qui permettent aux neurones de notre système nerveux de « dialoguer».

Circuit neuronaux et leurs « cocktails de neurotransmetteurs »

Le circuit de la récompense et du plaisir, mis en avant par Olds et Milner en 1952, fait intervenir un neurotransmetteur la dopamine, qui lorsqu’elle active le noyau accumbens libère un cocktail de trois neurotransmetteurs : la  sérotonine pour l'euphorie, les endorphines contre la douleur, les endocannabinoïdes contre l'anxiété.

Le rôle de la dopamine a été clairement mis en évidence dans l’action hédonique des drogues. Toutes les substances inductrices de plaisirs artificiels, la nicotine, l’alcool, les dérivés de l’opium (l’héroïne, la morphine), le cannabis, la cocaïne, l’amphétamine et son dérivé, l’ecstasy, agissent sur le circuit de la récompense. La neurobiologie confirme que toute drogue est pourvue de toxicité et engendre des dépendances plus ou moins fortes dont les mécanismes neurobiologiques ne sont pas encore élucidés6. Ces substances addictives utilisent les récepteurs dont notre cerveau est doté pour induire ces sensations de plaisir à partir de neurotransmetteurs qu’il est capable de produire seul.

La colère a été associée à un cocktail de neurotransmetteurs composé d’adrénaline de cortisol et de testostérone. La tristesse a été associée à une baisse des enképhalines au niveau de l’amygdale, ce qui entraîne une libération d’adrénaline (ventre noué et respiration accélérée), d’acétylcholine et noradrénaline (larmes et prostration). Le coup de foudre amoureux est associé à un pic d’adrénaline et de dopamine, l’amour durable s’associe l’ocytocine, l’hormone de l’attachement.

5 https://www.futura-sciences.com/sante/questions-reponses/sentiments-cerveau-chimie-guide-t-elle-nos-emotions-7505/
6 Le cerveau émotionnel ou la neuroanatomie des émotions, Françoise Lotstra
https://www.cairn.info/revue-cahiers-critiques-de-therapie-familiale-2002-2-page-73.htm#
7
https://les-emotions-positives.fr/les-6-principaux-neurotransmetteurs/

Quelques neurotransmetteurs et leurs effets

La dopamine joue ne nombreux rôles (croissance des tissus, fonctionnement du système immunitaire, mouvements musculaires). Elle est étroitement associée aux comportements d’exploration, de vigilance, de recherche du plaisir, de fuite de la punition, de combat . Un manque de dopamine est synonyme de démotivation, voire de dépression.

L’adrénaline est l’hormone du stress. Elle augmente notre force musculaire, notre pouls, notre pression sanguine, notre capacité respiratoire, dilate nos pupilles, stimule notre mémoire, fait dresser poils et cheveux : elle nous prépare à fuir ou combattre. Le manque d’adrénaline provoque de la fatigue, un manque d’attention, l’insomnie, des anxiétés et cela peut mener jusqu’à la dépression.

La sérotonine est un neurotransmetteur qui donne de la sérénité, du calme et de la prudence. Elle est utilisée pour fabriquer la mélatonine, l’hormone du sommeil. Le manque de sérotonine peut donner des comportements impulsifs, violents, voire suicidaires.

La GABA est le neurotransmetteur le plus répandu dans le cerveau. Il favorise calme et relaxation et diminue la tonicité musculaire. Il ralentit le rythme cardiaque, réduit les convulsions de l’épilepsie, de même que les spasmes musculaires. Il joue un grand rôle dans le contrôle de l’anxiété.

Source : les 6 principaux neurotransmetteurs7

Le circuit neuronal de la peur s’active lorsque l’on est face à un danger. Les manifestations physiologiques qui l'accompagnent, telles que l’augmentation du rythme cardiaque, l'écarquillement des yeux ou la chair de poule, sont dues à la libération d’une hormone, l’adrénaline. Ces modifications physiologiques permettent de réagir vite : le sujet en danger se prépare à fuir ou à combattre, assurant ainsi sa survie8. Les perceptions, la force musculaire et les réflexes sont pour cela décuplés. Après quelques minutes, plusieurs autres mécanismes se mettent en place - la hausse dans le sang du taux de cholestérol, d'acides gras, de sucre (glycémie) et des facteurs de coagulation, l'inhibition du fonctionnement des globules blancs, etc. Tout cela pour nous donner la force physique pour nous battre ou fuir.

Dans notre monde moderne, les dangers auxquels nous sommes confrontés n’appellent que rarement une réponse physique permettant de « brûler » le cocktail de neurotransmetteurs mis en circulation dans notre organisme. L’émotion originelle de la peur cède souvent la place à un sentiment diffus et angoissant de danger qui dure, retarde ou bloque la mise au repos de l’organisme qui suit normalement les phases d’actions. Le maintien durable à plein régime entrave la bonne alimentation en sang des « organes du repos » non essentiels à la survie immédiate face à un danger (système digestif, système urinaire, système génital), empêche le relâchement musculaire et le sommeil réparateur.

Le stress chronique constitue un facteur de risque bien identifié par la communauté scientifique de développement d’un ensemble de pathologies bien physiques :

> Problèmes cardiaques : l’hostilité, l’agressivité, la nervosité, le surmenage, la colère, un état dépressif sont autant de signes qui définissent les contours flous d’un risque cardio-vasculaire chez l’individu stressé. Ce risque ne peut, la plupart du temps, suffire à expliquer la survenue d’un incident coronarien9.

> Troubles gastro-intestinaux constituent les maladies psychosomatiques les plus fréquentes : le foie, les intestins, le côlon sont en effet les organes cibles des névroses. Nombre de patients stressés souffrent de colopathie fonctionnelle parfois très gênante9. D’une manière générale, un sentiment de stress intense peut se manifester sous différentes formes comme un assèchement de la bouche, des ballonnements, des diarrhées ou encore des gastrites. Même si on sait maintenant que la plupart des ulcères sont causés par la bactérie Helicobacter pylori, le stress est un élément qui peut contribuer à l'apparition des ulcères gastriques et à la difficulté à les soigner. Le stress est aussi reconnu pour jouer un rôle dans les brûlures d’estomac10.

> Les maladies de peau, si elles ne sont pas liées à une affection ou un virus, auraient une origine psychique. Le psoriasis, qui touche 2 % de la population française, les verrues, l’herpès, la transpiration excessive, la couperose ou l’eczéma apparaissent volontiers en raison de contrariétés et d’émotivité9.

> L’asthme et l’obésité ont des causes complexes et multifactorielles. Toutefois, dans ces maladies fréquentes et chroniques le stress apparaît, si ce n’est comme un facteur causal, comme un facteur pérennisant9.

> Déficit nutritionnel : pour produire l'énergie demandée par la situation, le corps métabolise plus rapidement les éléments nutritifs, ce qui peut se solder par un manque d'acides aminés, de potassium, de phosphore, de magnésium, de calcium, d'électrolytes et de vitamines du complexe B, entre autres. Par ailleurs, les nutriments essentiels sont moins bien absorbés en période de stress10.

> Problèmes gynécologiques : on observe parfois de l'aménorrhée (l'arrêt des menstruations) chez les femmes stressées. Aussi, hommes et femmes stressés sont plus à même de vivre des périodes d'infertilité10. Le stress peut en outre prédisposer aux troubles prostatiques chroniques.

> Problèmes de santé mentale : certaines études ont montré que le stress répété peut entraîner des changements de structure dans le cerveau et, progressivement, occasionner des symptômes plus graves : de l'anxiété, des crises de panique, des phobies, de la dépression, des dépendances, des troubles de l’alimentation (anorexie/boulimie)10.

> Déficit immunitaire : le cortisol produit en réponse au stress peut causer un affaiblissement du système immunitaire : le corps devient alors plus susceptible aux agents infectieux, bénins ou graves10.

8 https://www.pourlascience.fr/sd/neurosciences/les-circuits-de-la-peur-10773.php
9 https://www.thierrysouccar.com/bien-etre/info/stress-les-maladies-quil-favorise-2429
10 https://www.passeportsante.net/fr/Actualites/Dossiers/ArticleComplementaire.aspx?doc=stress_rend_malade_do

Bien que le facteur héréditaire soit important, le cancer reste une maladie étroitement liée à l’environnement (pollution, pesticides, etc…) et aux habitudes de vie (alimentation, tabagisme, activité physique, etc…). Depuis plusieurs décennies, de nombreuses études se penchent aussi sur l’influence des émotions de l’individu dans le développement du cancer. Le corps médical pointe du doigt l'influence des émotions sur le déclenchement du cancer et son évolution. Cependant, il n’a pas encore été prouvé d’une manière convaincante pour la communauté scientifique qu'il y ait une interdépendance entre le corps et l’esprit et qu'elle soit si forte qu’elle puisse avoir un rôle clé dans le développement ou la guérison d’un cancer11.

Le sujet est l’objet de nombreuses controverses, comme celles qui ont entouré les travaux du Dr Hamer12 ou plus récemment la publication du livre Stress et Cancer, quand notre attachement nous joue des tours d’Yvane Viart (De Boeck, 2014)13. Pourquoi le lien entre émotions et maladie démontré dans de nombreuses études concernant des maladies plus bénignes, devient-il tabou dès qu’il s’agit du cancer, s'interroge Arnaud de Saint Simon, directeur du magazine Psychologies.14

Si la science peine à faire toute la lumière sur le lien entre nos maladies et nos émotions, en Asie, les approches empiriques comme la tradition védique de l’Inde et la médecine traditionnelle de la Chine, sont fondées sur une vision holistique avec une étroite interpénétration des dimensions physiques, énergétiques, mentales et émotionnelles de notre être.

11 https://www.passeportsante.net/fr/Actualites/Dossiers/DossierComplexe.aspx?doc=lien-cancer-emotions
12 Le docteur Hamer est le premier médecin à proposer une cartographie très précise des relations entre un choc conflictuel, le cerveau et un organe du corps atteint par le cancer, après avoir relié son cancer testiculaire au choc de l'assassinat inattendu de son fils Dirk alors âgé de dix-neuf ans. Ces travaux l’ont conduit à être radié de l’ordre des médecins puis d’être emprisonné pour exercice illégal de la médecine.
13 L’auteure, chercheuse en psychologie, a analysé des centaines d’études scientifiques tendant à établir le risque accru, chez les «répressifs affectifs », de déclencher un cancer. Ces personnalités, qui prennent sur eux et répriment leurs émotions, en particulier la colère, soumettent leur corps à un niveau de stress élevé, affaiblissant ainsi leurs défenses immunitaires.
14 https://www.psychologies.com/Bien-etre/Sante/Cancer/Articles-et-Dossiers/Stress-et-cancer-le-tabou

Bien avant que les neurosciences ne s’intéressent aux émotions, la médecine traditionnelle chinoise (MTC) avait introduit la notion de « causes internes des maladies » (NeiYin en chinois), causes qui sont essentiellement émotionnelles15. La MTC considère que nous sommes en quelque sorte maîtres de nos sentiments, puisqu'ils dépendent de nous bien plus que des facteurs extérieurs. Pour preuve, le même événement extérieur pourra déclencher un certain sentiment chez une personne et un sentiment complètement différent chez une autre.

Chaque organe joue un rôle physique, mais est également associé à des fonctions mentales, émotives et psychiques. Ainsi8 :

  • La colère (Nu) est associée au Foie
  • La joie (Xi) est associée au Cœur
  • La tristesse (You) est associée au Poumon
  • Les soucis (Si) sont associés à la Rate/Pancréas
  • La peur (Kong) est associée aux Reins

Si nos organes sont équilibrés, nos émotions le seront aussi, et notre pensée sera juste et claire. Par contre, si une pathologie ou un déséquilibre affecte un organe, nous risquons de voir l'émotion associée en subir les contrecoups8. Par exemple, si une personne accumule trop de chaleur au Foie parce qu'elle consomme beaucoup d'aliments de nature chaude comme des plats épicés, des viandes rouges, des aliments frits et de l'alcool, elle pourrait devenir colérique et irritable. Dans ce cas, aucune raison émotive extérieure n'explique l'apparition de ces sentiments.

Dans d’autres cas, l’émotion a pour cause un stimulus extérieur, et se mémorise dans le corps, souvent à notre insu. Lorsqu’un sentiment bloque l’expression d’une émotion ou la fait vivre avec une intensité excessive ou sur une longue période, le déséquilibre qui en découle peut induire une pathologie bien physique à l’organe qui lui est associé.

La MTC traite cela par une approche énergétique sans passer par le conscient (comme en psychothérapie par exemple). Ceci explique les résultats parfois spectaculaires de l’acupuncture ou de l’acupressure sur les blocages émotionnels. Les pratiques qui en sont dérivées comme le Shiatsu ou, la Psycho-bio-acupressure, permettent également d’agir sur les mémoires émotionnelles accumulées avant qu’elles ne deviennent pathologiques.

15 https://www.passeportsante.net/fr/Therapies/MedecineChinoise/causes_internes.aspx

De nombreuses traditions, par une approche empirique, sont arrivées à la conclusion que d’autres « dimensions » entouraient le corps physique, notamment des dimensions énergétique, émotionnelle, mentale, spirituelle… La description la plus ancienne connue de ces « dimensions » (« kosha » en sanskrit = enveloppe, étui) est rapportée par la tradition védique (Inde), dans l'ouvrage Taittiriya Upanishad, composé entre 600 et 500 avant JC. Ces notions ont été popularisées en occident à partir de la fin du 19e siècle16.

La tradition védique considère que si l’être humain ne peut maîtriser les évènements extérieurs de sa vie, il peut apprendre à contrôler leurs impacts sur ses états intérieurs, qui ne dépendent que de lui. Pour cela, il doit porter son attention à l’intérieur de lui-même. Les quatre premiers « corps » sont vus comme des mémoires, des accumulations éphémères appelées à disparaître lors de notre mort. Ainsi le corps physique est perçu comme une accumulation de nourriture qui retournera à la terre, les corps énergétiques et émotionnels comme une accumulation d’impressions des cinq sens et le corps mental comme une accumulation d’idées et de souvenirs17.

Le yoga (du mot sanskrit YUJ signifiant joindre, unir) est l’une des piliers de la philosophie indienne orthodoxe visant à réaliser l'unification de l'être humain dans ses aspects physique, psychique et spirituel, de manière effective, pragmatique, et non de manière spéculative. Le yoga dont il s’agit est assez éloigné de la « gymnastique de bonne santé » à laquelle il est souvent réduit en occident. La Bahadavad-Gïtä, texte central de l’hindouisme, contient dix-huit chapitres, dont chacun porte le nom d’un Yoga différent. Outre le travail sur le corps physique (Hatha-Yoga) et la maîtrise de la respiration (Prãnãyãma), le travail sur l’énergie (Kundalini-Yoga), sur les sentiments (Bhakti-Yoga), sur la connaissance (Jñãna-Yoga), la concentration, la méditation (Rãja-Yoga), constituent un ensemble de méthodes complémentaires concourant  à cet objectif d’unification de notre être18.

L’attention portée à l’intérieur de soi, aux perceptions de nos sens, aux sensations en provenance de notre corps, aux émotions et les pensées qui agitent notre esprit, aident à développer la conscience de ce qui nous anime, à comprendre notre nature intérieure. Seule une infime part de ce qui parvient à nos sens atteint notre conscience. Développer cette part, c’est réduire la part de nos comportements conditionnés ou compulsifs, afin de ne plus être l’otage de forces physiques, émotionnelles ou mentales qui nous tiraillent. C’est se réapproprier soi-même17.

Les scientifiques se sont intéressés aux effets du yoga de la méditation. Les progrès des neurosciences ont permis de démontrer que la méditation modifie en profondeur la structure et le fonctionnement du cerveau. Compassion, bienveillance, meilleure résistance au stress et à la dépression … Nombreux sont les bienfaits attribués désormais à la méditation19 : La réduction de la fréquence cardiaque et de l’hypertension artérielle, limitation des risques de maladie coronarienne et de mortalité cardiovasculaire, l’augmentation du taux de mélatonine, ralentissement du vieillissement cellulaire et augmentation de l’espérance de vie, etc.20

16 Anatomie subtile du corps humain, Alain Boudet
17 La transformation intérieure, Sadhguru, Befond, 2019
18 Introduction aux voies du Yoga, Tara Michaël, Poche, 2017
19 http://sante.lefigaro.fr/article/les-bienfaits-de-la-meditation-reconnus-par-la-science/
20 https://www.santescience.fr/benefices-meditation/

En occident aussi, une tradition empirique relie nos problèmes de santé à nos états d’esprit. La naturopathie, dans son courant hygiéniste21, considère la maladie, non comme un ennemi contre lequel on doit lutter, mais comme un messager que notre corps nous adresse. Maladie = Le « mal-a-dit !  Elle est une invitation à la compréhension du déséquilibre qui s’est immiscé en nous.

La société nous apprend à cacher nos peines et nos émotions. L’éducation que nous recevons nous apprend à ne pas verbaliser ce qui touche nos sensibilités. Or, « tout ce qui ne s’exprime pas s’imprime 22 ».  C’est ainsi que les sentiments refoulés à l’intérieur peuvent se cristalliser dans différentes parties de votre corps sous forme de symptômes physiques. Dans son ouvrage « Le dictionnaire des malaises et des maladies », Jacques Martel lie aux différents symptômes ou pathologies, les états émotionnels auxquels ils pourraient être associés. Ainsi, on y lit qu’une crise de foie peut être relié à une colère retenue ou une rancune, que des infections urinaires à répétition peuvent trouver leur source dans une difficulté à trouver sa place, qu’une otite ou douleur à l’oreille peuvent indiquer qu’il y a quelque chose que l’on ne veut pas entendre, des maux de gorge ou angines peuvent nous dire qu’il y a quelque chose que l’on a pas osé dire, etc...

21 Sur ce thème, lire André Passebecq (Initiation à la santé intégrale)  ou Irène GrosJean (La vie en abondance)
22 Le grand dictionnaire des malaises et des maladies, Jacques Martel

Pour mieux gérer nos émotions et nos pensées et leurs impacts sur notre corps, il convient de développer notre conscience de ce qui se passe à l’intérieur de nous-même. Le yoga et la méditation peuvent être une aide précieuse en ce qu’ils nous invitent à porter notre attention sur notre être intérieur. Il faut savoir prendre de la distance vis-à-vis que ce que l’on ressent et l’on pense, observer nos émotions et nos pensées en étant extérieur à elles. Identifier les prisons que sont les pensées récurrentes, obsédantes, les ressentiments négatifs qui nous empoisonnent en nous isolant de la beauté de l’instant présent.

Pour pallier aux conséquences néfastes de nos émotions, il est important de faire le point sur ce que l’on ressent. Pourquoi ? Quel est l’élément déclencheur ? Quelles en sont les conséquences psychologiques ? Comprendre ce que l’on ressent, c’est commencer à se découvrir soi-même…
Ensuite, il est très souhaitable d’exprimer ses émotions plutôt que de les refouler. Communiquer, garder le dialogue avec sa famille, ses amis et collègues est essentiel. Le lien social permet d’échapper à une solitude souvent redoutée et de se sentir soutenu(e) et écouté(e) dans les phases importantes de nos vies.

L’art est un excellent moyen pour extérioriser ce que l’on ressent. Que le mode d’expression choisi soit la musique, la peinture, la sculpture, la danse, le théâtre, cela libère les énergies émotionnelles que nous avons accumulées.

L’exercice physique est un formidable exutoire pour les tensions émotionnelles. Son impact pour notre santé physique comme mentale n’est plus à démonter. L’exercice physique favorise la production par notre organisme des neurotransmetteurs (sérotonine, dopamine, endorphine…) qui nous font sentir bien, et rééquilibrent les manques qu’ont pu générer un stress excessif ou une anxiété latente par exemple.

Si vous vous sentez malgré tout débordé émotionnellement et ne parvenez pas à faire face, n’hésitez pas à vous faire aider. Un psychologue peut vous apporter un accompagnement précieux. D’autres approches comme l’acupuncture, la sophrologie, la naturopathie, le shiatsu, la PBA, la kinésiologie peuvent vous aider à empêcher que vos déséquilibres émotionnels internes ne dégénèrent en maladies. Ne pas oublier non plus les liens entre alimentation et chimie interne de notre corps. Le stress brûle les nutriments dont nous avons besoin et nuit à leur assimilation. Or certains nutriments sont des précurseurs des neurotransmetteurs indispensables à notre équilibre, et les manques de neurotransmetteurs peuvent nous enfermer dans des états émotionnels et rendre compliquée la sortie. Là aussi, un naturopathe pourra vous accompagner.

Si vous sentez que vos déséquilibres ont déjà évolué en maladies, consultez votre médecin qui seul peut porter un diagnostic et vous prescrire les traitements dont vous avez besoin. Les approches complémentaires viendront après, vous aider à agir sur la cause de la cause et éviter que la situation ne se reproduise.

Comme vous l’avez lu, dans cette rubrique sera évoqué tout ce qui concerne nos émotions, nos sentiments et nos pensées et leurs impacts sur notre santé. Nous vous tiendrons informé des avancées de la science dans ce domaine encore largement à défricher, aborderons la chimie de notre système nerveux et ses impacts sur nos états émotionnels. Enfin nous parlerons, de la méditation, du yoga et des disciplines complémentaires (Acupuncture, Sophrologie, Naturopathie, Shiatsu, PBA, Kinésiologie…) qui peuvent intervenir pour vous aider à gérer les déséquilibres émotionnels devenant excessifs. Nous parlerons aussi de l’influence de nos états d’esprits et de notre mental sur les processus de guérison. Et bien sûr, des conseils sur le bien-être ne se substituent pas à un avis ou un traitement médical.


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